Ddf 202603 semaine 1

Égalité dans les métiers peu qualifiés

  • Le 02/03/2026

Où en est-on vraiment dans les métiers peu qualifiés ?

À l’approche du 8 mars, Journée internationale des droits des femmes, C2DI 93 ouvre une série de publications consacrées à l’égalité professionnelle.
Cette année, nous mettons l’accent sur une réalité souvent invisible : les inégalités dans les métiers peu qualifiés. Loin des grands discours, nous observerons les faits de manière concrète et chiffrée.

Des écarts qui persistent : les chiffres clés

L’écart salarial global reste important

Selon les dernières données disponibles (Insee, 2023), les femmes gagnent en moyenne 22,2 % de moins que les hommes dans le secteur privé. Cet écart s’explique notamment par des différences de volume de travail : les femmes sont moins souvent en emploi au cours de l’année (ex : garde d’enfants malades) et occupent plus fréquemment des postes à temps partiel.
À poste et temps de travail équivalents, l’écart se réduit mais subsiste : entre 5 % et 9 % selon les sources. Dans les métiers peu qualifiés, ces écarts peuvent être encore plus marqués en raison de la précarité des contrats et du mode d’organisation du travail.

Le temps partiel : une réalité féminine souvent subie

Le temps partiel concerne 28,9 % des femmes salariées, contre seulement 7,7 % des hommes. Parmi les personnes à temps partiel, 79,5 % sont des femmes.
Dans les métiers peu qualifiés, cette situation est particulièrement marquée :

  • 30 % des femmes en France travaillent à temps partiel
  • 38,8 % des femmes à temps partiel déclarent ne pas pouvoir travailler davantage avec leur emploi actuel
  • Les secteurs les plus touchés sont le nettoyage, l’hébergement-restauration, l’éducation, la santé et l’action sociale

Dans les services à la personne, le phénomène atteint des sommets : près de 90 % des salariés y travaillent à temps partiel.

Précarité et conditions de travail

Les femmes sont surreprésentées dans les emplois précaires :

  • 23 % des femmes personnels de soutien et 22 % des femmes chercheuses sont en CDD
  • Dans l’aide à domicile, un secteur très féminisé (90 % de femmes), les accidents du travail sont 3,5 fois plus fréquents qu’en moyenne et deux fois plus fréquents que dans la construction

Les secteurs concernés : quand l’invisible devient visible

Accidents du travail par secteur d'activité

Illustration 1

Les 4 secteurs d'activité les plus impactés

Le nettoyage et l’aide à domicile

Ces métiers figurent parmi les plus féminisés et les plus précaires. Les agents d’entretien représentent 13 % des personnes salariées à temps partiel.
Dans ces secteurs, 72 % des agents d’entretien sont des femmes et 41 % travaillent à temps partiel.
L’aide à domicile illustre bien ces difficultés : 95 % des emplois sont occupés par des femmes, et le temps partiel y est très souvent subi.
De même, 70 % des salarié·es du nettoyage ou de caisse sont des femmes.

La restauration et le commerce

Dans l’hébergement-restauration, le temps partiel reste majoritairement féminin, même s’il est un peu plus répandu chez les hommes que dans d’autres secteurs.
Dans la grande distribution, 84 % des salarié·es à temps partiel sont des femmes, et 44 % déclarent occuper cet emploi faute d’un poste à temps complet.

La logistique

Historiquement masculin, ce secteur connaît une présence féminine encore modeste malgré une progression. En 2005, les femmes représentaient 14 % des effectifs ; elles sont aujourd’hui environ 18,5 %.
Mais elles restent sous-représentées dans certaines fonctions : seulement 5 % dans la maintenance et 10 % dans la conduite.

Pourquoi ces inégalités sont-elles moins visibles  ?

La ségrégation professionnelle

D’après le rapport de la Cour des comptes (2025), dix familles professionnelles concentrent près de la moitié des femmes actives, principalement dans les métiers de service et du soin.
Deux professions comptent moins de 0,05 % d’hommes : assistant·e maternel·le et employé·e de maison.

La dévalorisation des compétences

Les métiers majoritairement féminins sont souvent sous-évalués et moins rémunérés, même lorsqu’ils nécessitent des compétences fortes : relationnelles, organisationnelles ou émotionnelles.
Cette dévalorisation contribue à rendre ces inégalités « normales » dans le regard social.

Le manque de données fines

Les statistiques sur l’égalité professionnelle se concentrent souvent sur les cadres et les postes à responsabilité.
Les métiers peu qualifiés, où travaillent pourtant des millions de femmes, sont moins étudiés et donc moins visibles dans le débat public.

La charge mentale et familiale

80 % des femmes font le ménage ou la cuisine au moins une heure par jour, contre 36 % des hommes.
Les rendez-vous médicaux en ligne sont pris par les mères à 83 %.
Cette répartition inégale des tâches domestiques pousse beaucoup de femmes vers des emplois à temps partiel ou précaires pour concilier vie professionnelle et personnelle.

L’égalité professionnelle : un enjeu pour tous les métiers

L’égalité professionnelle ne concerne pas seulement les cadres ou les postes à responsabilité. Dans les métiers peu qualifiés, où des millions de femmes travaillent chaque jour, les inégalités demeurent profondes et structurelles.

Reconnaître ces réalités, c’est déjà engager le changement.

Dans les prochaines semaines, nous reviendrons sur les obstacles rencontrés par les femmes dans les métiers dits « masculins », sur les leviers d’action du quotidien et sur le rôle de l’accompagnement dans l’insertion durable.

Sources principales

Insee (2023–2024) | Dares (2023–2024) | Drees (2024) | Cour des comptes (2025) | Cnam & Assurance maladie (2024) | France Logistique (2024)

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